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Actualité Transport - Communiqués de presse

20 Août 2004
Claude Mazoyer
brefonline.com

Les routiers boudent le tunnel
du Mont-Blanc


Deux ans après sa réouverture, les transporteurs n'ont pas repris le chemin du tunnel du Mont-Blanc : ils lui préfèrent le Fréjus ou encore la Suisse ou l'Autriche.

Depuis plusieurs mois, les contraintes d'alternat ont été supprimées et les conditions de sécurité du tunnel du Mont-Blanc sont de nouveau au top. Reste qu'il ne voit passer que 18,7 % des camions qui transitent dans les Alpes du Nord françaises, soit 750 camions par jour contre 3 416 enregistrés sous le Fréjus : un trafic en hausse, certes, mais encore bien loin de l'objectif fixé (un tiers/deux tiers) et de la situation précédant l'incendie qui avait provoqué la mort de 39 personnes, en mars 1999, où le trafic était le même sous l'un et l'autre. Une enquête a été réalisée pour comprendre les motivations des sociétés de transports : leur choix est motivé à 75 % par la durée du trajet, à 65 % par la longueur totale de l'itinéraire et à 13 % par l'habitude.

Mont-Blanc et Fréjus sont deux tubes bidirectionnels. Premier handicap : celui du Mont-Blanc n'est large que de 7 mètres et n'admet donc pas tous les gabarits. Très étroit, il impose des normes strictes, comme l'escorte des camions frigos, ce qui n'est pas le cas pour le Fréjus. En outre, le Mont-Blanc est moins bien desservi que son 'concurrent' : son accès est difficile (quatre voies très pentues) et la sortie italienne n'est pas reliée à l'autoroute (l'accès au Fréjus est entièrement autoroutier, côté français comme italien). Deuxième handicap, donc.

Enfin, selon les dernières statistiques, 90 % du trafic sont générés par des camions immatriculés en France et en Italie, pour relier l'ouest de la France, Rhône-Alpes et l'Italie et la Grèce. Un camion originaire de Bretagne aura donc intérêt à passer par le Fréjus, pour gagner du temps, minimiser les contraintes et ce, pour une redevance égale.

Quel avenir pour le tunnel du Mont-Blanc, si le coût de sa traversée n'est pas revu à la baisse ? « Sur un trajet de moins de 300 km entre la Haute-Savoie et Milan, explique Carmelo Sgro, dirigeant de GST Plateforme Européenne, emprunter le tunnel coûte plus cher que le gasoil et représente 24 % du coût du voyage. Nous avons du mal à amortir une telle infrastructure. »

La Suisse sur les rails

Sur des trajets plus importants reliant le nord et le sud de l'Europe, les transporteurs ont abandonné la traversée des Alpes par les tunnels français et passent par la Suisse (où 30 % des marchandises voyagent sur rails) ou l'Autriche.

Les plus de 28 tonnes peuvent rouler en Suisse depuis 2001 et la limite devrait être relevée à 40 tonnes en 2005. Ce transit poids lourds s'assortit d'une redevance pour financer des infrastructures ferroviaires (tunnel de base du Gothard vers l'Italie, de 57 km, opérationnel en 2012, ou le tunnel de base du Lötschberg). Selon Gilbert Santel, président des tunnels du Mont-Blanc et du Fréjus, le transport transalpin a augmenté de 25 % au Gothard et de 50 % au Brenner (entre l'Autriche et l'Italie), alors qu'il stagne sous les tunnels français.

C'est donc une politique concertée, que les ministres des transports européens essaient de mettre en place, jonglant entre les aspects économiques et écologiques. Quant à l'ATMB (Autoroutes et Tunnel du Mont-Blanc), elle ne voit pas le bout du tunnel ! La société, détenue majoritairement par l'Etat, se débat entre un endettement de plus de 473 millions d'euros, imputable pour 205 millions d'euros aux travaux de rénovation du tunnel du Mont-Blanc, un chiffre d'affaires de 25 millions d'euros pour le tunnel (65,4 millions pour l'autoroute Blanche) et des pertes de 19 millions d'euros. Son président, Gilbert Santel, souhaite un allongement de la concession (actuellement 2035 pour le tunnel, 2015 pour l'autoroute) pour retrouver l'équilibre. En attendant, les deux tunnels savoyards augmenteront leur tarifs de 2,4 % en septembre. Pas de quoi satisfaire les routiers français et étrangers.

 

ArchivesSource : Brefonline I Claude Mazoyer

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